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  Extrait SY n° 98 Septembre 2009 rubrique Entretien
Par Sophie Baignères



Baptiste Marceau, l'exilé méxicain

Baptiste Marceau, fils du mime, est l’un des pionniers de l’Ashtanga yoga. Il vit aujourd’hui au Mexique et continue à enseigner le yoga à travers le monde dans la lignée de Krishnamacharia et Pattabhi Jois. Avec beaucoup de respect pour cette discipline millénaire, il nous raconte comment le yoga a changé sa vie.

Santé Yoga  Comment avez-vous rencontré le Yoga ?

Baptiste Marceau  A Hawaï, il y a 26 ans. J’étais aux Etats-Unis avec mon père pour une tournée qu’il faisait là-bas et je suis parti sur un coup de tête à Hawaï. Je voulais un changement radical dans ma vie sans savoir lequel. À l’époque, je revenais des Indes. Passionné par les civilisations anciennes, j’avais passé 7 ans en Asie où je faisais du commerce d’antiquités. J’étais déjà dans une démarche spirituelle mais de manière intellectuelle. J’avais beaucoup étudié les religions orientales et même vécu comme un sâdhu en Inde pendant un an. Mais je cherchais quelque chose de différent. C’est donc à Maui, en faisant du stop que je rencontre David Williams et Danny Paradise, deux yogis. Si je savais m’asseoir en lotus et si j’avais une pratique spirituelle, je n’avais pas encore de pratique physique et thérapeutique du yoga. Ils me proposent de faire avec eux le Hatha Yoga Vinyasa, celui de Pattabhi Jois et Krischnamacharya. J’ai compris pourquoi j’étais venu à Hawaï.

S.Y.  Qu’avez-vous appris de votre père ?

B.M.  La discipline et la constance. Mon père a joué toute sa vie, il s’est battu tous les jours et ne s’est jamais plaint. Il y avait des soirs où il avait des crampes terribles, mais il ne voulait pas se faire masser car il ne connaissait pas les techniques orientales comme on les connaît aujourd’hui. Il n’aimait pas se faire toucher le corps. Une fois monté sur scène, toutes ses crampes disparaissaient. Il jouait 300 fois par an, un grand exemple d’assiduité.  Il me disait : « L’animal sauvage a la grâce naturelle. L’être humain a besoin d’avoir une  discipline pour être touché par la grâce ». Il me conseillait d’apprendre à vivre dans un monde sans illusions. Cela m’a beaucoup marqué. Enfant de l’holocauste, c’était un homme humaniste. C’était dur pour lui d’accepter que lorsque l’on mourait, on perdait son identité individuelle. Étant artiste, il était attaché au nom et à la forme. Je l’ai beaucoup aidé dans la compréhension de l’univers. Un jour, des hommes religieux lui ont demandé s’il croyait en Dieu car il avait des numéros très spirituels, souvent inspirés de la Bible, comme « les mains », « la création ». Il leur répondit : « Dieu rentre en moi quand j’entre en scène, mais quand je termine de jouer, il repart aussitôt ». Il avait beaucoup de mal à se réintégrer dans le monde pratique et matériel. C’était un homme qui ne savait rien faire de ses dix doigts sur le plan physique. Il était incapable de cuisiner ou de se faire un thé. Il était éthéré, un peu comme un ange. Il n’était pas de ce monde. La dernière année que j’ai passée avec lui, quand il a arrêté de jouer et qu’il commençait un peu à perdre la tête, j’ai eu une réflexion profonde sur la condition humaine et l’importance du yoga pour ne pas s’attacher au nom et à la forme. On doit se préparer à la vieillesse. Le corps humain à partir de l’âge de 39 ans commence à dégénérer, c’est normal, c’est dans la nature. L’art du yoga nous apprend à vieillir avec grâce.

S.Y.  Quel a été le plus beau cadeau que vous ait offert le yoga ?

B.M.  La grâce. Le yoga m’a sauvé, il m’a redonné le goût de la vie. J’étais de nature assez dépressive, désillusionné par le monde. Le yoga, à travers la discipline, m’a permis de développer mon travail spirituel et de trouver un sens à la vie. Nous ne sommes pas là par hasard. Mon premier maître spirituel, David Williams, disait : « Le plus important en yoga, c’est ce qui ne se voit pas ». C’est seulement dans les états de grâce, les « samadhis », que l’on peut appréhender la perfection du cosmos et l’état d’après la mort. Il faut totalement lâcher prise à l’ego, retourner à l’enfant pour avoir cette connection.

S.Y.  Pourquoi avez-vous choisi de vivre au Mexique ?

B.M.  Parce que le Mexique est un pays libre. « Aides-toi et le ciel t’aidera », telle en est la devise. C’est un peu encore le far west ici, il y a beaucoup de problèmes politiques, de corruption. Mais le fait qu’il n’y ait aucun assistanat du gouvernement oblige à se prendre en charge soi-même. Ce qui explique que les gens ont gardé beaucoup d’amour dans leur cœur et sont restés très spirituels. Nous avons un peu perdu ce sens du partage, de l’entraide. Ici, les gens s ‘aident entre eux car ils savent que la vie est difficile. J’ai aussi choisi le Mexique pour des raisons telluriques. C’est à ce niveau le cœur de l’Amérique. C’est un pays très spirituel, avec une tradition chamanique forte. Les grands espaces de nature préservée se font de plus en plus rares, tandis qu’ici la nature est restée très forte.

S.Y.  Pourquoi, selon vous, le yoga est-il davantage pratiqué par les femmes ?

B.M.  Depuis l’âge de bronze, nous sommes dans un système macho avec une culture phallique. En Inde, le yoga était interdit aux femmes. Krischnamacharya disait : « Il n’y a que deux castes, les hommes et les femmes. Les femmes doivent pratiquer le yoga car elles ont une vie dure, elles donnent vie aux enfants, il faut qu’elles soient en bonne santé ». Partout dans le monde, les femmes sont en train de reprendre leur pouvoir avec le yoga. Que fait l’être humain? L’homme fait la guerre, la femme donne la vie. Il faut arriver à trouver un équilibre entre ce masculin et ce féminin. Ce que fait le yoga. Grâce à sa pratique, les femmes ont retrouvé leur potentiel. Les hommes ont intérêt à se mettre à la page sinon ils vont se retrouver à la traîne. Le fait que l’homme doive toujours assumer, se montrer fort, ne pas pleurer lui fait accumuler un stress qui se révèle surtout après 40 ans. Ses failles apparaissent nettement arrivé à cet âge, tandis que la femme, plus émotionnelle, sait relâcher ses émotions au fur et à mesure de sa vie. Il faut que l’homme accepte sa partie féminine, sa sensibilité.

 

S.Y.  Que pensez-vous du yoga tel qu’il se présente aujourd’hui ?

B.M.  C’est une épée à double tranchant. D’un côté, c’est formidable que tout le monde pratique le yoga, qu’il y ait une recherche spirituelle, que l’on veuille se rapprocher des vieux maîtres. Mais de l’autre, il y a aussi toute cette tendance très physique du yoga, qui est devenu un peu comme de l’aérobic. C’est tellement à la mode que tout le monde veut être professeur de yoga. Cela reste toujours un moyen d’être libre, d’être en bonne santé, mais le yoga a été lui aussi récupéré par le système. Beaucoup de gens suivent l’exemple des quelques pionniers que nous sommes et avons été, en voyageant et en enseignant le yoga. Mais nombreux aussi sont ceux qui entrent dans le système en voulant multiplier les diplômes et les certifications, auxquels je ne crois pas du tout. N’importe qui aujourd’hui peut se faire un CV, c’est un peu du bluff. On vit dans un monde tellement virtuel que les gens ne savent pas qui est qui réellement. Dans ce monde de séduction et d’apparences, le yoga est devenu un cirque. Je conseille souvent à mes élèves d’aller au cirque pour voir les vrais yogis. Au niveau des contorsions, des positions, les acrobates de cirque sont les meilleurs. Ils sont vraiment dédiés à leur travail. Ce sont de vrais yogis, même au sens spirituel du terme car ils vivent en famille, ont une grande discipline et font de vrais efforts pour faire plaisir aux autres. Ils ont un karma yoga remarquable. J’ai beaucoup d’admiration pour les gens du cirque. Ils nous apprennent l’humilité.