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  Extrait SY n° 103 Février 2010 rubrique Dossier 'La danse'
Par I. C.



Le Sama’a des derviches

Afin que le disciple devienne ce qu’il est, qu’il mette au monde l’esprit caché dans les profondeurs de son être,

cet esprit sublime qui est sa vraie réalité, les maîtres soufis enseignent la danse tournoyante des derviches qui crée un état où parviendra l’écho d’un appel déjà entendu au delà du temps. « Plusieurs chemins mènent à Dieu, disait Djalâl-od-Din Rûmî, j’ai choisi celui de la danse et de la musique ».
« La première chose fut la voix et la seconde c’est le fait de l’entendre. Sama’a veut tout simplement dire l’écoute,dit Javad, un artiste iranien de renommée mondiale. Le mot provient d’un des noms attribués à Allah, qui est Samy’î. A entendre la voix d’Allah, Adam s’est mis dans un état de bonheur, de joie et d’euphorie. Dans son cœur, il était si heureux et si ému. Cet état appelé Wajd a créé une sorte d’énergie qui anime de l’intérieur Adam. Qui se met aussitôt à se mouvoir sans arrêt et tourner en rond traçant un cercle harmonieux. C’est le mouvement de tout l’univers en circulaire ».

La tarîqa, de l’arabe chemin, route, voie, est la confrérie des derviches tourneurs. Le Sama’ a est un oratorio spirituel dont chaque élément détient un sens symbolique. 
Lorsque les derviches commencent à tournoyer au son du ney, la flûte de roseau, ils symbolisent la ronde des planètes et de tout ce qui se meut dans la nature. 
Leur robe blanche représente le linceul, leur manteau noir, la tombe, et leur toque de feutre, la pierre tombale. Le sheik salue et prend place sur le tapis rouge, dont la couleur évoque les derniers éclats du soleil couchant dans le ciel de Konya lorsque Rûmî mourût le 17 décembre 1273.
Les derviches font trois fois le tour de la piste, trois tours qui symbolisent les trois étapes qui rapprochent de Dieu : la voie de la science, la voie qui mène à la vision, la voie qui conduit à l’union. Puis, le sheik se place sur le tapis et les derviches laissent tomber leur manteau noir. 
Ils se mettent à tourner lentement, bras étendus, main droite tournée vers le ciel pour y recueillir la grâce, main gauche tournée vers la terre pour y répandre cette grâce qui a traversé le cœur. 
Le tour qu’ils effectuent autour de la salle symbolise les planètes tournant autour du soleil et autour d’elles-mêmes. Les danseurs sont divisés en deux demi-cercles, l’un représentant la descente des âmes dans la matière et l’autre, la remontée des âmes vers Dieu. 
Le sheikh qui tourne à la fin au centre du cercle représente le soleil et son rayonnement. Le ney improvise alors à nouveau figurant le moment suprême de l’union réalisée. Le Sama’a s’arrête quand le sheikh revient à sa place.
Djalâl ud-Dîn Rûmî 1207-1273
Poète soufi considéré comme l’un des plus grands mystiques persans du XIIIe siècle, Rumi exerça une influence considérable sur la spiritualité musulmane. Son nom est également lié à l’ordre des “derviches tourneurs”, principale confrérie mystique 
de l’Islam qu’il fonda dans la ville de Konya en Turquie.